Dossier de presse « Une femme seule »

 

1. Article paru le 5 septembre 2011 sur Direct Matin N° 925, p. 28.

La parole libérée (Xavier Fornerod)

Direct Matin

« Une comédie où le bourlesque et l’autodérision rendent attachante Gabriella Merloni. »

Xavier Fornerod

 

2. Article paru le 9 septembre 2011 dans le magazine Les Trois Coups.

Dario Fo presque en V.O. (Fabrice Chêne)

Sans titre

Aux Déchargeurs, la saison commence toujours plus tôt qu’ailleurs. C’est une bonne raison, mais non la seule, pour aller y applaudir cette interprétation d’« Une femme seule », un classique du théâtre italien contemporain.

Le dramaturge italien Dario Fo (prix Nobel de littérature en 1997) s’est associé à son épouse Franca Rame pour écrire, à partir des années soixante-dix, une série de monologues sur la condition féminine. Ces textes, originellement interprétés par Franca Rame elle-même, font partie des pièces les plus jouées de l’auteur. On pourrait les croire datés : écrits à l’époque du mouvement de libération de la femme, ils dénoncent en effet la persistance du machisme ordinaire en Italie. Mais réentendre Une femme seule – ou allumer sa radio pour écouter ce qui se passe dans l’Italie d’aujourd’hui – prouve le contraire. Et démontre qu’un classique, comme l’a écrit un compatriote de Dario Fo *, est bien « un livre qui n’a jamais fini de dire ce qu’il a à dire ».

Cette « femme seule », Maria, est enfermée à clef par son mari après une infidélité. Seule, elle ne l’est pas tout à fait, puisque son bébé dort dans la pièce voisine, et qu’elle doit supporter les appels incessants de son mari jaloux, subir les assauts tripoteurs de son beau-frère cloué au lit et plâtré de la tête aux pieds, ceux d’un satire qui la harcèle au téléphone (le « Cochon téléphonique »), sans oublier le voyeur derrière sa fenêtre, de l’autre côté de la cour. Ces présences masculines de plus en plus envahissantes, qui ne voient en elle qu’un objet de désir à posséder ou à contrôler, la rendent folle et vont la conduire à la révolte.

Une vraie présence

La mise en scène de Pierangelo Summa choisit de décontextualiser la pièce par le modernisme discret de sa scénographie, tout en conservant une légère couleur locale italienne, au moins au début (les publicités radiophoniques, le linge étendu). La fenêtre, seul lien avec le monde extérieur, d’abord représentée par un cadre suspendu au bord du plateau, se confond bientôt avec le quatrième mur qui sépare la scène du public. Nous sommes à la place de la voisine à qui le monologue est adressé, et donc pris à témoin de ce que cette femme subit. Mais aussi, du coup, à la place du voyeur qui habite au-dessus de chez elle. Pierangelo Summa joue habilement de ces ambiguïtés, notamment par le choix d’un costume qui, tout en restant pudique, ose la transparence.

Le metteur en scène a surtout décidé de mettre le texte au premier plan, en usant d’un minimum d’artifices. Gabriella Merloni, qui interprète Maria, est une jeune comédienne d’origine italienne mais parfaitement francophone. Visiblement très impliquée dans son rôle, qu’elle maîtrise sur le bout des doigts, elle possède une vraie présence, un visage très expressif, et aussi une voix, dont elle apprendra avec le temps à mieux maîtriser encore les nuances. Elle parvient en tout cas à faire passer la portée comique et satirique du texte (pour Aldo, son mari, Maria doit être « toujours prête à l’usage, comme le Nescafé »). On rit parfois de sa naïveté, et d’autres fois le rire se fait complice. Le passage sur l’éveil à la sensualité du personnage – une sensualité refoulée dans le cadre du mariage, mais qui trouve à s’exprimer dans la liaison avec le jeune amant – est particulièrement réussi. Peut-être peut-on attendre plus de folie dans le jeu au moment de l’emballement final qui conduit Maria à sa libération.

Fabrice Chêne

 
3. Article paru le 8 octobre 2011 dans le magasin franco-italien Focus-In.

Une femme seule de Dario Fo et Franca Rame, Gabriella Merloni et ses multiples visages (Stéphanie Joly)

Gabriella Merloni-Une femme seule Dario Fo-sur les planches 8

Nous sommes dans les années 70 à Milan. Maria, enfermée chez elle, passe ses journées entre lessive et ménage lorsqu’un jour elle aperçoit sa voisine d’en face par la fenêtre. Elle entreprend alors de lui raconter sa vie, et ces hommes qui la tourmentent : un mari qui la séquestre, un « cochon-téléphonique », un voyeur, et un beau-frère peloteur.

Une femme seule, c’est l’histoire d’une femme non seulement séquestrée par un homme mais aussi empêchée dans un monde d’hommes. Jusqu’au référendum de 1969, en Italie, les femmes ne pouvaient ni avorter ni divorcer. Maîtresse de la demeure, du foyer, la femme et son ventre appartiennent encore jusque là à l’époux, le « pater familias », qui seul décide de leur sort.

Gabriella Merloni incarne ici cette femme se confiant à sa voisine à travers la fenêtre, dans cette ambiance méditerranéenne où chacun voit et entend ce qui se passe en face.

 Elle ouvre le volet, et s’ouvre au monde, qui l’écoutera peut-être. Le contexte de cette pièce en fait la « maîtresse parole », un symbole, une voix qui, perchée dans son nid, soudain se jette et s’envole pour crier au monde que la femme se libère de ce qui l’accapare et l’emprisonne.

Par moments, la pièce entière devient noire derrière elle, et l’on pourrait presque voir dans le rouge de cet encadrement par lequel elle passe la tête, l’origine du monde qui s’ouvre aux femmes dans un cri libérateur.

Gabriella Merloni, du haut de ses 26 ans, incarne brillamment la mère, l’épouse, l’amoureuse, la femme rêveuse, la femme tempête et finalement toutes ces femmes, prises dans la lutte sociale jouant leur liberté.

On ne sait si toutes les femmes, du passé, du présent, ou même du futur, prêtent tour à tour leurs visages à l’actrice, ou si c’est elle, qui leur fait généreusement don de son corps pour les incarner toutes. Mais l’on ressort avec cette terrible impression qu’elle possède mille visages, une manière de nous dire : « voilà ! voilà ce que peut être une femme. Une femme seule ! Toutes les femmes ! « 

Stephanie Joly

 

Interview Aligre Fm Une femme seule dario fo photo ensemble

(Dans la photo ci-dessus: interview à Radio Aligre. De gauche à droite : Sylvia Gaspari, Sonya Mellah, Gabriella Merloni, Pierangelo Summa).

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